qui est Eliot Matazo, la nouvelle coqueluche monégasque?



Titulaire pour la deuxième fois en Ligue 1 contre Metz samedi et auteur de sa première passe décisive sous les couleurs de l’AS Monaco, Eliot Matazo s’est mis tout le Rocher dans la poche en quelques mois. Portrait d’un jeune Belge en vogue.

« J’ai aimé cette première », conclut-il d’un large sourire. Humble et bon orateur, Eliot Matazo, 19 ans, vient de rendre une copie parfaite pour son baptême de feu en conférence de presse, avant la rencontre face à Metz pour un huitième de finale de Coupe de France (ce mardi, 18h45). Devant les médias, le milieu défensif est apparu aussi à l’aise que balle au pied samedi, face à ces mêmes lorrains, auréolé d’une sublime passe décisive pour Kévin Volland (4-0 face à Metz), sa première sous un maillot de l’AS Monaco qu’il porte depuis 2018 après avoir été formé dans l’illustre club bruxellois d’Anderlecht. Cette passe, d’ailleurs, n’est pas passée inaperçue aux yeux de son ancien entraîneur. « Récupération du ballon, projection vers l’avant et dernière passe, c’est du Eliot Matazo dans le texte », analyse Mohamed Ouahbi, formateur des U17 d’Anderlecht.

Issu d’une génération dorée

Car avant de rejoindre le club de la Principauté, le natif de Woluwe-Saint-Lambert, petite commune en périphérie de Bruxelles, a fait les beaux jours des équipes jeunes du club le plus titré de Belgique. « Il avait 16 ans en 2018 quand on l’a surclassé avec les U17. Il faisait partie de la génération 2002, c’était quelque chose. Il y avait Jérémy Doku (aujourd’hui à Rennes) ou encore Killian Sardella (actuel défenseur de l’équipe première d’Anderlecht), contextualise Mohamed Ouahbi. Bon techniquement et dans l’impact, gros volume de jeu, capable de répéter les efforts, à l’aise balle au pied… Il était au-dessus. »

Mais en Belgique, le système n’est pas le même qu’en France. A 16 ans, le joueur est libre et décide de signer ou non son premier contrat professionnel dans son club formateur. « En 2018, Anderlecht offre un premier contrat professionnel à plus de dix jeunes talents. Parmi eux : Verschaeren, Doku, Aït El Hadj, Colassin, Lissens, Sardella et donc Matazo, un des seuls à l’avoir refusé, explique Pieter-Jan Calcoen, journaliste au Het Laatste Niews. La déception était grande à Bruxelles car c’était un jeune du club et qu’il y avait une vraie volonté de le garder. »

« Il a toujours été perçu comme un super talent à Anderlecht, ajoute Sacha Tavolieri, consultant RMC Sport sur le football belge. Marc Coucke, propriétaire du club et à l’époque président, en avait fait une priorité. Il n’a pas réussi à le retenir. » Mohamed Ouahbi est plus nuancé: « C’est certain que le club a été déçu de perdre Eliot mais on avait quand même réussi à prolonger beaucoup de joueurs convoités, la pilule est passée plus facilement dans ce contexte ».

Monaco plutôt que le Bayern, Manchester City ou la Juventus

Deux raisons peuvent expliquer le refus de signer avec son club formateur. D’abord, le flou autour de son futur proche chez les Violets. « Anderlecht ne faisait pas du tout jouer ses jeunes joueurs donc sur le projet sportif, ce n’était pas possible de poursuivre », avance un proche du joueur. Ensuite, l’intérêt de gros clubs européens pour le petit milieu défensif (1,74m). « Anderlecht ne peut pas ou ne sait pas concurrencer avec les moyens de l’étranger », regrette le journaliste Pieter-Jan Calcoen, surtout face à des institutions d’un tel calibre…

Eliot Matazo n’a que 16 ans et le Bayern, Dortmund, Manchester City, Manchester United, la Juventus, Southampton et Monaco lui font les yeux doux. C’est le club de la Principauté qui rafle la mise. « C’est vrai qu’Anderlecht a tenté de me garder et ça n’a pas été un choix facile de refuser mais le projet de Monaco m’a convaincu. C’est un club qui, historiquement, a lancé pas mal de jeunes. Beaucoup ont débuté ici, d’autres se sont révélés aux yeux de l’Europe, c’est une belle vitrine », assume le principal concerné. « Ça n’a jamais été un choix financier comme on a pu le lire ou l’entendre en Belgique, c’est le projet sportif qui a fait pencher la balance vers Monaco, enchaîne un proche du joueur. A Manchester ou au Bayern, il y avait moins de certitudes, finalement le choix s’est fait simplement. »

Mohamed Ouahbi, lui, a su avant tout le monde que son protégé rejoindrait le Rocher. L’anecdote prête à sourire: « On s’est parlé une seule fois avec Eliot concernant son avenir. C’était au moment où Liverpool était prêt à mettre le paquet sur Doku et où Arsenal voulait Sardella. Eux sont restés au club mais pas Eliot. Il voulait partir, il avait envie de voir autre chose, de s’échapper. Il a quand même continué la saison avec nous et on termine champion. Quand on a su qu’il allait signer à Monaco, que tout le monde en parlait, je vais le voir dans le vestiaire pour le féliciter et lui souhaiter beaucoup de bonheur. Il me répond ‘Coach, j’ai quelque chose à vous dire. Vous étiez à Monaco il n’y a pas longtemps non ?’ Je revenais tout juste d’un stage en Principauté pour ma licence d’entraineur. Il me raconte alors qu’avec sa maman, il m’a aperçu devant le centre d’entrainement. Je ne sais pas si c’était pour discuter ou signer mais quand ils m’ont vu au loin, ils ont fait demi-tour. Imaginez le choc, vous allez jusqu’à Monaco et vous tombez sur votre coach qui n’est pas censé savoir que vous êtes là ».

Une première titularisation marquée au fer rouge pour celui qui est surnommé « Rio »

Le jeune Eliot débarque donc sur le Rocher, rejoint l’Academy à l’été 2018 et signe un premier contrat jusqu’en 2020, prolongé l’an dernier de trois ans. Chez les jeunes, le gamin se distingue, pas de quoi surprendre son ex-éducateur. « Quand il a été surclassé chez nous il a tout de suite été performant, se souvient Mohamed Ouahbi. Il a montré qu’il avait du tempérament. Je l’avais pris pour un gros tournoi aux Pays-Bas durant lequel on avait battu le PSG (3-0), il s’était montré à la hauteur, n’avait pas eu peur d’oser, le genre de signes qui montrent qu’il était prêt pour faire une carrière. »

En peu de temps, le jeune Eliot gravit les échelons et tape dans l’œil de l’entraineur de l’équipe première, Niko Kovac, arrivé à l’été 2020 à la tête de l’AS Monaco. Le 27 septembre dernier, Rio (surnommé ainsi par ses coéquipiers pour ses similitudes avec l’ex-Lillois Rio Mavuba) connaît ses premières minutes de jeu en Ligue 1 face à Strasbourg au Stade Louis II (3-2). Placé au cœur du jeu, il se montre à son aise. Trois mois plus tard, vient l’heure de la première titularisation, face à Saint-Etienne.

Le jeune Belge remplace Youssouf Fofana, suspendu. On joue depuis 35 minutes à Louis II et Monaco est mené (1-2) lorsque Matazo tente une passe au milieu de terrain, touchant la cheville de Denis Bouanga dans le prolongement de son geste. Monsieur Hamel sort le rouge, le garçon est dépité. « C’était une injustice flagrante, rappelle un de ses proches. Il était très triste à la fin du match mais il a reçu le soutien de son coach, de son vice-président, de son directeur sportif, ça l’a rassuré. Il a tourné la page et s’est remis au travail. »

Un travailleur acharné

Le travail, voilà un des passe-temps favoris de « Rio » Matazo, qui s’est attaché depuis décembre dernier les services d’un préparateur physique personnel, Ronald Kabeya. Ce dernier, domicilié à Bruxelles, s’occupe aussi d’autres joueurs de Ligue 1 comme Jérémy Doku (Rennes), Aaron Leya Iseka (Metz), ainsi que de nombreux joueurs professionnels en Belgique. Lors de chaque trêve hivernale, lorsqu’Eliot rejoint la capitale belge pour retrouver sa famille, Ronald Kabeya retrouve le numéro 36 monégasque: « Il y a ceux qui prennent des vacances, qui ne font rien ou très peu. Lui, il bosse. On travaille la proprioception par rapport aux caractéristiques de son jeu. On fait du gainage, du travail d’appuis. Il est très discipliné par rapport à ce qui lui est demandé à l’AS Monaco. Il m’envoie le programme du club et on ajuste ensemble pour voir ce qu’il peut faire en plus. Eliot investit aussi vraiment dans son corps. Je lui ai montré un matériel que j’utilisais pour la récupération et lui m’a dit ‘donne-moi la référence, je vais l’acheter’ ».

Une normalité pour l’intéressé: « C’est important de miser sur tous les détails. Il y a une remise en question de mes performances lors de chaque séance avec Ronald, on regarde comment je peux me développer physiquement et athlétiquement ». Tout pour plaire à son rigoureux coach, Niko Kovac: « Eliot, c’est un phénomène. Il travaille très dur, jour après jour, toujours au même rythme. C’est un joueur exemplaire ». Même son de cloche pour son coéquipier et concurrent au poste de sentinelle, Youssouf Fofana: « C’est un jeune joueur qui bosse depuis le début de saison, il est très rigoureux et discipliné. Il arrive à gratter beaucoup de ballons, répète les efforts, il est très dynamique sur les dix ou vingt premiers mètres, toujours placé au bon endroit ».

Mais s’il y a une personne qu’Eliot Matazo ne parvient toujours pas à battre, c’est Benjamin Lecomte. « Il fait en sorte d’arriver très tôt au centre d’entrainement pour travailler avant la séance, raconte Ronald Kabeya. Il m’a raconté que son gardien était toujours le premier à arriver à la salle. Il essaie d’être là avant lui mais il n’y arrive jamais (rires). Eliot prend exemple sur les gens qui travaillent dur et sur les joueurs d’expérience, ceux qui ont remporté beaucoup de trophées comme Cesc Fabregas. »

L’Espagnol a d’ailleurs dressé les louanges de l’international espoir belge après sa prestation contre Metz samedi dernier: « Je suis content pour lui (d’avoir délivré sa première passe décisive) car c’est un mec qui travaille beaucoup, il joue peu mais à l’entrainement il fait les choses bien, il écoute, demande des conseils, pose des questions et veut chaque jour faire plus ». Une rigueur couplée d’une « mentalité exceptionnelle » selon un proche: « Il est toujours dans le positif, à vouloir se battre. C’est comme ça qu’il réussira à intégrer le onze de Kovac. »

Dans un cocon familial

Une fois l’entrainement terminé, Eliot Matazo peut s’appuyer sur sa famille, venue avec lui en Principauté à son départ d’Anderlecht. Le milieu de terrain vit à Monaco avec sa maman et deux de ses sœurs. « L’entourage est essentiel dans une carrière de footballeur », souligne son préparateur physique personnel. Quand tes parents sont derrière toi, que tu as leur confiance, tu peux encore mieux travailler. » Un moyen également de s’apaiser l’esprit, selon un des proches du joueur: « C’est important de pouvoir garder son noyau familial près de soi quand il y a un gros changement en début de carrière. Il rentre du football, il est chez lui, en famille, c’est plus simple pour lui, ça l’aide ».

Et ce n’est pas sa maman Ginette qui dira le contraire. « On l’accompagne. On s’est bien adapté ici et il est bien en famille », sourit-elle. Maman Matazo est une personne importante dans l’équilibre du Belge de 19 ans. « Elle est à mes côtés depuis le début, avoue le milieu récupérateur. Elle veille sur tout ce qui peut se passer autour de moi, elle a le rôle du gendarme (rires). » « Le gendarme ?!, s’esclaffe la maman. Il faut bien, il est encore jeune vous savez, il a beaucoup de temps devant lui. Je suis fière de lui. » Le fils reprend: « Elle est très à l’affût, au courant de tout ce que je fais et suit toutes mes rentrées ».

En même temps, Ginette ne semble pas trop avoir le choix: « Ah Eliot, c’est le foot, le foot, le foot, depuis qu’il est tout petit. Parfois, il est sur le canapé et il me dit ‘Viens maman, viens voir le match avec moi’. Il regarde toutes les rencontres de ses copains et il ne rate pas un match de son pote Jérémy (Doku, milieu du Stade Rennais). » Voilà un détail qui risque de provoquer le chambrage de certains ses coéquipiers, déjà très taquins avec leur nouvelle mascotte.



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